On va dire les choses comme elles sont : ce livre est un délice.
Je l’ai acheté au Salon du livre de Montréal, sur un coup de tête, sans jamais en avoir entendu parler. Après j’ai appris que les récits rassemblés dans Elles ont fait l’Amérique sont inspirés d’une série radiophonique intitulée De remarquables oubliés, qu’anime aussi un des deux auteurs. (& en fait je l’aurais appris dès le départ si j’avais lu le quatrième de couverture, mais moi je lis jamais le quatrième de couverture.) Pour la petite histoire, c’est un livre que j’ai acheté parce que a) les femmes dans l’histoire, c’est un sujet que je trouve infiniment fascinant, & b) d’après l’expérience que j’en ai, Lux ne publie que de très très bons livres. J’aime beaucoup Lux. Ils ont une ligne éditoriale unique, je trouve, & incroyablement nécessaire. J’essaie de leur acheter au moins un ou deux livres par année — je sais que c’est pas beaucoup, mais mon budget étant ce qu’il est, c’est pas mal le mieux que je puisse faire en ce moment. Ça, & en parler beaucoup. (J’ai déjà donné des cours privés à la mère d’un des fondateurs de la maison d’édition, & c’est pour moi une source de fierté presque inépuisable. Je pense que la pauvre madame comprenait pas tout à fait mon enthousiasme, par exemple.)
Bref. Pour en revenir au livre –
Elles ont fait l’Amérique réunit dans ses pages les grandes absentes de l’histoire du continent : des femmes, bien sûr, qui sont aussi des Amérindiennes ou des Métisses, des Inuites, des Noires, des Françaises ou des Anglaises, des Canadiennes ou déjà des Québécoises. Ces récits, ces instantanés biographiques tracent le portrait d’une Amérique en mouvement, aux frontières floues, aux grands espaces tout à la fois terrifiants, cruels & irrésistiblement attirants. Un continent de métissages & de découvertes, de rencontres, de conflits, de racisme. Les auteurs ne s’enferment pas dans un folklore idéalisé, une nostalgie dégoulinante de clichés, & ils n’hésitent pas à creuser les moments les plus sombres de l’histoire, à parler de l’esclavage en Nouvelle-France & de toutes les tragédies amérindiennes. Il en ressort un livre enthousiasmant, palpitant, formidablement intéressant, au parti pris bien assumé & bien annoncé : celui de faire l’histoire des petites gens qui, finalement, ne sont pas si petites que ça.
En parallèle, c’est toute une réflexion sur la mémoire que les auteurs nous livrent, sur ce qui passe & ce qui reste, sur toutes ces personnes extraordinaires mais ensevelies sous le poids de l’histoire. Chaque récit, aussi intéressant soit-il, nous rappelle toutes les choses qui ont été oubliées & les circonstances qui l’ont favorisé. Que les auteurs se soient donnés cette mission si importante, celle de combler du mieux qu’ils le pouvaient ces trous dans la mémoire collective, ça m’a conquis.
…vivement le tome 2 !
À mon cercle littéraire de novembre, une dame en a parlé comme son coup de coeur du mois. Il est très populaire, car je l’ai réservé à la biblio depuis et je ne l’ai pas encore lu. À bien y penser, c’est peut-être bien un livre qu’il faut acheter plutôt que de l’emprunter…
Coup de coeur pour moi aussi! (Si jamais c’était pas assez clair après la lecture du billet… ;p)
& j’achète pas beaucoup de livres (manque de sous), mais celui-ci je suis très très heureuse de l’avoir acheté — surtout parce que je sais déjà que j’aurai envie de le relire!