Ni sols ni ciels : nouvelles (Pascale Quiviger)

« La terre, dans ce vide qu’aucune géométrie ne sait rendre : il me semble parfois qu’il n’y a ni sols ni ciels. Cette pensée m’abrutit. Cette pensée, comment se fait-il que nous n’en mourrions pas. » (p. 121)

Je sors vidée de cette lecture. Vidée parce que la langue de Pascale Quiviger est exigeante, comme finement ciselée ; mais vidée, surtout, parce que les histoires qui composent ce recueil de nouvelles parlent de ça, du vide, & de façon si évocatrice qu’on finit par avoir l’impression qu’il guette le bout de nos orteils, qu’il cherche à se glisser sous la plante de nos pieds.

Ce livre contient d’abord une poignée de nouvelles regroupées dans une première section, joliment intitulée Cinq histoires courtes pour apprendre à parler : L’histoire de Pina, L’histoire de Fleurette, L’histoire de celui qui n’a rien fait hier, L’histoire de Laure, celle de Laurence, L’histoire de Thomas. Ces nouvelles sont centrées sur un personnage, parfois deux ; elles parlent de la mémoire, beaucoup, des souvenirs qui s’effacent avec la douleur. De l’angoisse, et de la difficulté de vivre en se rappelant de tout ce qui nous est jamais arrivé. La folie. La mort et l’enfance, la mort dans l’enfance. L’auteure revient sur ces thèmes, elle les triture, les met & les remet en scène ; elle explore inlassablement les façons qu’ils ont de s’incruster dans des vies & d’y rester. Tout ça avec une plume belle mais douloureuse, des mots qui tissent comme une atmosphère de fond d’océan : le silence & l’apesanteur dans les environs immédiats, mais la certitude qu’au-dessus les vagues sont gigantesques.

Puis il y a, dans la seconde section du livre, Ni sols ni ciels, la longue nouvelle-titre. Une histoire trempée dans la tragédie & la folie, qui semble concentrer à elle seule toutes les douleurs que Pascale Quiviger aborde dans les cinq premières histoires. D’un côté il y a une femme, une mère qui se raconte de façon confuse ; de l’autre il y a une petite fille, qui livre lentement ses souvenirs. J’ai trouvé très difficile de passer à travers toute cette accumulation de souffrances, mais c’est que je suis petite nature & que j’ai beaucoup de difficulté à lire sur l’automutilation, physique ou pas, sans avoir au moins un peu l’impression que je vais perdre connaissance.

Ma nouvelle préférée du recueil, celle qui m’a happée dès les premières lignes, c’est sans conteste la première, L’histoire de Pina, où le quotidien de ladite Pina se frotte à celui, plus sombre, d’une petite fille croisée dans la rue au sortir de l’épicerie. Le récit passe d’intéressant à étrangement inquiétant à franchement angoissant, dans une progression habile qui n’a rien de forcée. C’est aussi une histoire qui annonce celles qui suivront, qui met en place les balises du livre au complet, qui dit : ici vous entrez dans un monde où les solutions, les explications relèvent de l’intuition, pas de la logique, & où les souvenirs sont des choses vivantes & grouillantes qui ne veulent pas mourir.

Pas pour les journées de déprime, donc, à moins que vous trouviez un réconfort particulier à voir la douleur des autres si patiemment disséquée. Mais un livre qui a, il faut le dire, une façon extraordinaire de soulever quelque chose de viscéral, de faire réfléchir mais de faire sentir, surtout.

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4 commentaires

  1. J’ai récemment lu un roman de cette auteure (la maison des temps rompus) et j’ai adoré. Du coup, j’ajoute ces nouvelles à ma longue liste. Je sais que tu ne participes par à mon défi de littérature québécoise en septembre, mais, si ça ne t’embête pas, je vais quand même faire un lien vers ton billet dans les « non participants ».. je m’amuse à recenser tout ce que je trouve de québécois en ce mois de septembre!

    1. Je vais noter le roman, alors! (& aller voir ton billet, ça fait à peu près trois semaines que j’ai zéro le temps de lire les choses qui s’accumulent dans google reader…)
      & c’est certain que ça me dérange pas, pour ton défi de littérature québécoise! :)

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