bédé

En rafale!

Des livres dont j’ai pas toujours grand-chose à dire, mais que j’ai quand même envie de mentionner –

Ma voisine en maillot (Jimmy Beaulieu)

Histoire toute simple d’une panne d’électricité qui permettra à un gars de faire plus ample connaissance avec sa voisine, laquelle finira (évidemment) en maillot de bain.

J’ai beaucoup aimé le dessin de Jimmy Beaulieu, ses textures de crayon de plomb ; bien aimé la sensualité un peu espiègle qui se dégage de certaines planches – même si je me suis demandée si ça servait toujours l’histoire. Moment sympathique avec une bédé qui se lit toute seule.

La chute fut lente interminable puis terminée (Simon Dumas)

J’ai toujours l’impression qu’il me manque quelque chose, un savoir ou une sensibilité particulière, je sais pas, pour bien parler de poésie. Je lis très lentement en essayant de me laisser imbiber par les mots, mais ça fait surtout naître en moi des émotions diffuses, des images floues qui sont difficiles à expliquer, à traduire.

S’installer entre les lignes le temps de prononcer les mots qu’il faut.

Pour ce recueil-ci, l’éditeur parle d’un projet qui « s’inspire librement de l’œuvre littéraire de Geneviève Amyot » ; j’ai déjà lu Geneviève Amyot, un tout petit peu, mais pas assez pour dire en quoi Simon Dumas y puise quoi que ce soit. Ce que j’ai vu dans ses poèmes (& peut-être que je l’ai seulement vu parce que c’est ce que j’y cherchais, c’est une interprétation qui a rien de définitif), c’est surtout une exploration de la distance – la distance entre deux personnes, la distance qui sépare les mots de leur signification, la distance très mince entre le souvenir et l’oubli. La distance nécessaire à l’expression de soi, aussi, à la poésie.

My Name is Red (Orhan Pamuk)

My Name is Red est un murder mystery comme Le Nom de la rose est un thriller : malgré les meurtres & les mystères & les secrets, le récit reste lent & lourd, badigeonné de longues réflexions philosophiques que je n’ai pas toujours eu envie de suivre.

Nous sommes à Istanbul, à la fin du XVIe siècle, & le sultan ottoman a commandé deux livres à ses miniaturistes : un qui, dans un style tout ce qu’il y a de plus traditionnel, doit représenter une série de célébrations ; un deuxième, secret, qui doit montrer aux Vénitiens, en adoptant certains aspects des nouvelles techniques européennes de dessin, toute la puissance de l’empire ottoman.

&, tout juste avant que ces deux livres ne soient complétés, le meurtre d’un miniaturiste qui travaillait sur les deux à la fois.

S’ensuit une enquête qui n’en est pas vraiment une, dans un récit où s’entremêlent les voix de plusieurs personnages – le cadavre, ses confrères miniaturistes, le maître à la tête du livre secret, sa fille peut-être veuve mais peut-être pas, l’homme qui est amoureux d’elle depuis douze ans, la Juive entremetteuse qui gagne son pain à essayer de les marier. Ça part littéralement dans tous les sens &, même si le roman a malgré tout quelque chose de très maîtrisé, de très réussi, il ne m’a pas tout à fait charmée.

J’ai aimé Istanbul telle qu’elle apparaît ici, souvent froide, sous la neige, remplie de cafés où les hommes s’embrassent sur la bouche en reluquant les jeunes garçons ; j’ai aimé découvrir le monde des miniaturistes, ses intrigues, certains de ses débats. Mais, comme avec Le Nom de la rose, j’ai fini par décrocher. Trop de discours & de discussions sur l’art & ses traditions, pas assez de ces passages qui donnent envie de se plonger dans le livre pour de bon.

Une déception, peut-être, mais pas mauvais pour un livre que j’aurai acheté sur un coup de tête dans un aéroport.

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Paul en appartement (Michel Rabagliati)

Première bédé de l’année ! (J’essaie de lire plus de bédés, mais j’en ai pas trop l’habitude & j’oublie souvent d’en emprunter à la bibliothèque. C’est une situation à laquelle je tente de remédier.)

& quelle bédé parfaitement réconfortante – douce, drôle, occasionnellement émouvante, toujours pleine à craquer de ces petits détails qu’on se plaît à remarquer.

J’ai commencé la série des Paul cet été (à peu près dix ans après tout le monde, oui, je sais) & au début je comprenais pas trop. Paul à la campagne m’a plu, des histoires toutes tendres & nostalgiques que j’ai lues avec plaisir, mais rien qui m’ait beaucoup marquée. Je me suis demandé si ça valait la peine de continuer, parce que j’ai pas l’habitude de m’investir dans les séries qui me secouent pas au moins un peu – mais j’ai fini par me dire, tsé. C’est de la bédé. C’est pas War & Peace, ça devrait pas me voler trois mois de lecture assidue.

& après il s’est passé quelque chose, avec Paul a un travail d’été – j’ai été comme, je sais pas, séduite. La simplicité de l’histoire racontée, la nostalgie, les sentiments grands comme le ciel, tout ça, ça s’est insinué en moi. & j’ai beaucoup aimé.

& maintenant Paul en appartement où, on s’en doute, Paul emménage dans son premier vrai appartement. On a droit aux événements qui ont mené à ce déménagement – le début d’une formation en graphisme, sa rencontre avec la fille qui deviendra sa blonde, l’arrivée dans sa vie d’un professeur charismatique & excentrique qui lui fera découvrir New York – mais aussi à ceux qui viennent après, la période de rénovation, la visite de deux petites nièces, la mort d’un être cher. Sans suivre une intrigue particulièrement resserrée, on flotte dans des souvenirs, on suit les étapes lâchement reliées entre elles d’un coming-of-age naturel & doux. La toute dernière page, pour ça, est magnifique : elle m’a laissé une impression presque indescriptible de bien-être & de quiétude, ce sentiment délicat qui vient des plus jolies choses de la vie quotidienne.

Beau beau beau.