autobiographie

Barbelés (Pierre Ouellet)

barbelés

Dans son recueil Trois fois passera, Jacques Brault écrit : « Écrire, aimer, il n’est jamais trop tard pour s’y mettre. Il n’est jamais insignifiant ou désastreux d’échouer. » Pour l’écrivassier que je suis, cette résilience dans les mots du poète est encourageante. Elle m’habite. Toutes ces saisons qui passent dans l’attente d’un meilleur printemps, il faut bien que je les occupe. J’écris pour me creuser le cœur jusqu’au ver qui l’a pourri. (p. 192)

Ce tout petit paragraphe est un peu à l’image du livre d’où il est tiré : une citation, le plaisir d’écrire, une attente qui ne finit pas, cette dernière phrase comme un coup de poing dans le ventre. Par la tristesse lancinante qu’elle porte, & par les choses qu’elle laisse deviner.

Pierre Ouellet a passé beaucoup de temps en prison ; c’est de là qu’il écrit les textes qui composent ce livre. Des textes qui, sans tout à fait se suivre, sans vraiment construire un récit clair, linéaire, n’en passent pas moins leur temps à se parler les uns aux autres. Les thèmes abordés, l’enfance & la vie en pénitencier & le quartier Saint-Sauveur & l’amour & la littérature & les femmes & les évasions & les paradoxes temporels & un millier d’autres choses, tous ces thèmes, mis bout à bout, nous permettent de nous bricoler une image partielle de cette personne qui se raconte. Parce que la vie de l’auteur s’y dessine, oui, mais le regard qu’on pose sur son histoire fragmentée demeure toujours un peu oblique. & c’est une des choses que j’ai trouvées le plus intéressante, dans ce livre : comment on peut partager les pensées de quelqu’un pendant quelque chose comme trois cent trente pages, mais se décoller de la dernière en ayant l’impression que l’auteur est une personne qu’on ne réussira jamais à voir de face. À saisir complètement.

(& j’imagine que c’est une réflexion qui parle beaucoup plus de moi que de Barbelés, mais bon.)

Pour en revenir à des considérations un petit peu moins abstraites – Pierre Ouellet est en prison & il écrit. Parce qu’il aime les mots, parce que ça a le mérite d’occuper ses journées. Mais aussi parce qu’écrire, dit-il, « c’est prendre le risque de voir ce à quoi je ressemble. » (p. 24) Alors il balance, pêlemêle, des parties de lui dans des textes qu’il parsème de citations, comme autant de bouées de sauvetage. Ou de tout petits phares, qui éclairent les belles choses qu’il lui reste : les souvenirs, la poésie, l’amitié. Il évoque souvent, de façon parfois très crue, parfois très fleur bleue (& parfois les deux en même temps), les femmes qu’il a aimées. On sent chacune des choses auxquelles l’auteur s’accroche, & c’en est presque douloureux.

Barbelés n’est pas exempt de maladresses, & aussi de certaines redondances ; ce n’est définitivement pas un livre parfait. (Qui voudrait d’un livre parfait, de toute façon?) Mais je l’ai lu lentement, à petites doses, parce qu’il y a des choses là-dedans qui n’arrêtaient pas de me chambouler. Je ne connais pas le milieu carcéral, ou pas assez pour en parler intelligemment, mais l’idée d’une vie presque entièrement passée à tourner en rond, à ressasser les mêmes souvenirs, à se dire que si certaines avaient tourné autrement – je sais pas. Ça me bouleverse.

Comme ce passage-ci :

 […] j’étais un enfant normal, un enfant qui rêvait de bâtir une cabane dans un arbre comme bien des enfants en ont rêvé. Je crois que le moule était bon. Pourquoi s’est-il brisé? (p. 87)

Puis celui-là, plus loin :

Vivre de la même manière que les autres, c’est là où se trouve la vraie vie, sa splendeur et sa platitude. C’est là que j’aimerais vivre. Il me semble que j’y serais heureux avec ce devoir obsédant de boucler les fins de mois qui vous accapare l’esprit. J’aimerais ça vivre ça, moi. Le vivre tout de suite. (p. 233)

 Je sais que les gens qui finissent dans des pénitenciers à sécurité maximale y sont habituellement parce qu’à un moment donné, ils ont choisi, en connaissance de cause, de commettre un crime grave. Mais c’est tout de même difficile de lire ces choses-là sans être assailli par une grisaille particulièrement tenace.

Quand je passerai devant la Commission de libérations conditionnelles pour demander à être placé dans une maison de transition, soit en 2011, j’aurai fait près de quarante ans derrière les barreaux. Presque une vie entière, du moins le temps d’une vie d’adulte. Est-ce qu’un homme peut sortir de prison après toutes ces années sans être siphonné jusqu’à l’os? » (p. 291)

Malheureusement, & on l’apprend en lisant le quatrième de couverture, Pierre Ouellet est aujourd’hui à nouveau en prison, ayant récidivé après dix mois en liberté conditionnelle.

Un grand merci aux Éditions Sémaphore pour l’envoi.

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La force de l’âge (Simone de Beauvoir)

« […] je sais qu’on ne peut jamais se connaître mais seulement se raconter. » (p. 420)

J’ai fait la rencontre de Simone via ses Mémoires d’une jeune fille rangée, lus une fois sans trop d’intérêt, puis redécouverts avec beaucoup d’enthousiasme il y a quoi, un an & demi? Comme quoi c’est pas parce qu’on relit un livre qu’on y trouve rien de nouveau.

J’avais énormément aimé Mémoires, & La force de l’âge reprend là où le premier tome s’était terminé. Nous sommes en 1929, Simone vient tout juste de passer l’agrégation qui lui permettra d’enseigner la philosophie ; elle passe le plus clair de son temps avec Sartre, & leurs vies sont déjà comme irrémédiablement, merveilleusement entremêlées. Leur relation tient une place centrale dans le récit que Simone fait de sa vie (si ce n’est que parce que Sartre est pratiquement toujours avec elle), mais, & c’est une chose qui m’a frappé, l’auteure n’essaie jamais d’expliquer l’intimité particulière qu’ils partagent, ou même d’y faire pénétrer le lecteur. Le lien qui les unit est présenté comme quelque chose qui va de soit, & qui n’a pas besoin d’être expliqué ; d’un autre côté, on saisit immédiatement toute l’ampleur de l’influence qu’ils ont l’un sur l’autre. Sans jamais vraiment comprendre ce que Simone faisait avec Sartre (qui m’a semblé, je sais pas, perpétuellement pédant & condescendant…?), j’ai pas pu m’empêcher d’éprouver une drôle de fascination frustrée pour le couple qu’ils forment dans La force de l’âge.

Mais il n’y a pas que Sartre dans ce deuxième tome des mémoires de Simone (…heureusement), tome qui couvre une période fertile, bouillonnante d’idées & de changements, de 1929 jusqu’en 1945. On assiste aux débuts de la carrière d’enseignante de l’auteure, tout d’abord dans des lycées de province, puis à Paris ; on a droit au récit de ses amitiés, à l’élargissement progressif de son cercle de connaissances dans le milieu intellectuelo-bohème qu’elle a choisi ; on la suit dans tous ses voyages à l’étranger & ses excursions en montagne, de longues randonnées où elle s’éreinte avec une passion grande comme ça. On apprend à connaître la France des années 30 — la France, mais surtout Paris, dans descriptions où Simone mêle joliment la nostalgie qu’elle éprouve au moment de revisiter ses souvenirs & la fébrilité enthousiaste que les débuts de sa vraie vie d’adulte lui avaient, à l’époque, mis dans le coeur. Mais dès la fin de cette décennie il y a la guerre qui pointe, puis l’occupation, puis les privations & la frustration qui précèdent la libération. Avec toujours, en parallèle, l’éclosion d’une écrivaine & d’une intellectuelle, qui travaille de façon acharnée dans tous les coins de café qu’on veut bien lui laisser occuper.

C’est un gros livre épais, avec quelques longueurs pas toujours agréables — je pense ici à tous les passages qui détaillent les avancées philosophiques de Sartre — mais j’y ai pris un plaisir particulier, un plaisir tout en admiration pour un personnage aussi intéressant, qui sait se raconter sans fioritures ni excès.

Broderies (Marjane Satrapi)

Feuilleter les pages de cette bédé, c’est être convié à une séance de thé à Téhéran, avec toute une trâlée de femmes iraniennes qui font honneur à la maxime qui ouvre le livre : « parler derrière le dos des autres est le ventilateur du cœur… »

Dans le confort du salon de la grand-mère de Satrapi, les anecdotes se succèdent, chacune des femmes prenant la parole pour raconter une histoire, la leur ou celle d’une autre. Les thèmes abordés sont ceux auxquels on pourrait s’attendre : le mariage, les hommes, le sexe, l’amour. Mais les récits sont le plus souvent irrévérencieux, délicieusement effrontés, & m’ont laissé une impression de connivence, comme si le caractère cru de ces histoires tissait une complicité entre les personnages & le lecteur. & puis les dessins de Satrapi ont eux aussi un peu de cette si jolie insolence : ils s’éparpillent dans les pages, s’entortillent autour des mots des personnages. L’ensemble présente une grande vitalité, quelque chose comme une joie de vivre, une joie de raconter la vie, qui transcende les petites tragédies qui se cachent souvent dans les histoires de ces femmes.

Même si certains récits ne dépassent pas l’anecdotique, d’autres laissent aussi deviner le contexte iranien & ses particularités, les restrictions qui encadrent la vie de ces femmes qui, dans Broderies, parlent si librement de l’intime. C’est ce contraste qui, pour moi, a rendu cette lecture aussi divertissante qu’intéressante.

L’homme foudroyé (Blaise Cendrars)

J’ai découvert Blaise Cendrars à cause du seul cours de littérature que j’aie jamais suivi, à l’Université de Moncton. J’avais dix-sept ans & je rêvais d’aller en Russie depuis Anna Karénine, lu à treize ans ; la professeur nous a donné La prose du Transsibérien & de la petite Jehanne de France, & je sais que je l’ai lu & lu & relu à peu près vingt fois cette journée-là. J’ai encore cette pauvre petite photocopie fripée dans mes affaires, même si ça fait longtemps que j’ai acheté le recueil dans lequel est édité le poème.

Poète-aventurier, cinéaste à ses heures, grand voyageur, amoureux de voitures & d’histoires de ruée vers l’or – c’était quand même tout un monsieur, Blaise. & en plus d’écrire des poèmes & des récits d’aventures semi-philosophiques, il a aussi beaucoup écrit sur lui, & sur sa vie, & sur ses voyages. J’avais beaucoup aimé Bourlinguer, lu il y a deux ou trois ans, alors quand j’ai vu L’homme foudroyé dans une librairie de livres usagers, je l’ai acheté. & j’achète pas beaucoup de livres.

Alors, de quoi nous parle Blaise dans ces longues vignettes autobiographiques? De guerre, beaucoup : la Première, où il a passé beaucoup de temps dans les tranchées & où il a fini par perdre un bras. De Gitans, dont il a partagé la vie quelques années. De Marseille & des gens qu’il y a rencontré. D’un été passé à s’occuper d’abeilles & à aimer une très jolie fille. Du livre qu’il n’écrivit pas dans un manoir délabré de Provence. Des films qu’il aurait aimé tourner. Du Brésil. De voitures. De la banlieue parisienne. De voyages. D’histoires.

Mais ah, Blaise. Je t’aime tellement, mais dans ce livre-ci tu es beaucoup trop misogyne pour que je puisse t’endurer sans rien dire.

C’est pas que je m’y attendais pas, mais c’est que ça revient tellement souvent que c’en est exaspérant. À croire qu’il n’existe pas, dans la France (& le Brésil, & l’Afrique du Nord, &…) une seule femme qui ait quelque chose qui ressemble, de près ou de loin, à une cervelle. Toutes les femmes l’aiment mal. Toutes les femmes sont de petites choses un peu stupides qui sont à peu près toujours dans le chemin. & toutes les femmes sont au moins un peu complètement folles.

Sinon, ça peut aller. Mais je suis quand même retournée lire La prose du Transsibérien après l’avoir terminé, pour me changer les idées.

En rafale! (version bédé)

Blankets (Craig Thompson)

J’avais beaucoup entendu parler de cette bédé-baleine (presque six cents pages, c’est pas rien) & j’ai dû faire preuve de patience pour réussir à me hisser au premier rang de la liste d’attente de la bibliothèque – mais j’ai finalement réussi à la lire!

…& petite déception, finalement. J’ai pas pu faire autrement que de m’exclamer devant les dessins extraordinairement travaillés de Craig Thompson, mais le récit lui-même m’est apparu (& je suis un peu désolée de dire ça comme ça) comme une version bédé-esque d’un téléroman pour adolescents : un gars qui grandit dans un trou perdu, ne trouve sa place nulle part, passe son temps à dessiner, rencontre une fille, remet en question sa foi & les préceptes de la religion de ses parents… Rien de mauvais là-dedans – mais rien non plus de très neuf dans la façon de le présenter.

Mais un dessin magnifique, quand même.

Nicolas (Pascal Girard)

Toute petite bédé au dessin qui semble presque crayonné à la va-vite, Nicolas raconte le deuil & ses ramifications de façon impressionniste, dans une série de tableaux qui réussissent à atteindre l’émotion sans jamais tomber dans le mélodrame. Les vignettes montrent avec délicatesse, parfois même avec humour, comment la perte de son petit frère suit le narrateur toute sa vie, & comment le chagrin sait s’attacher à nous & nous ébranler longtemps.

Sobre & triste & doux. (Mais pas trop.)

Bound for Glory (Woody Guthrie)

J’ai connu Woody Guthrie à cause de l’album Mermaid Avenue, où Billy Bragg & Wilco chantent des chansons de Guthrie, des chansons inédites que lui n’a jamais eu l’occasion d’enregistrer. & il y a dans ces chansons, comme dans toutes celles de Guthrie, quelque chose de triste & de dur, mais aussi de fondamentalement optimiste — du folk qui raconte des histoires lourdes sans pourtant arrêter de croire qu’il y a dans le monde du bien bon monde.

Alors quand j’ai appris que Woody Guthrie avait écrit un livre, un livre qui était une sorte d’autobiographie vague & vaguement romancée, j’ai tout suite eu très très envie de le lire.

& Bound for Glory, c’est effectivement un peu ça, des mémoires sous forme d’épisodes pas toujours reliés entre eux, des épisodes qui au mieux se répondent les uns aux autres, mais qui ont tous le même narrateur : Woody. & qui sont tous caractérisés par une poésie rugueuse, une langue incroyable qui remplit la bouche, la tête, le cœur.

Woody naît en 1912, dans une petite ville du de l’Oklahoma qui sera bientôt saisie par la fureur du pétrole, celle qui rend les spéculateurs fonciers heureux mais bouleverse l’économie de toute une région. La famille de Woody fera partie de ceux qui basculeront dans une pauvreté tenace, incurable, & qu’il traînera sur les routes pendant de nombreuses années. En chemin, il apprendre à jouer de l’harmonica, puis de la guitare, puis à écrire des chansons qui condensent dans leurs refrains les misères & les splendeurs de tous les gens qu’il côtoie : familles du Midwest en route vers la Californie, chômeurs de longue date cachés dans des trains de marchandise, marins en permission à New York, musiciens à la recherche de sous dans les rues des boom towns pétrolières.

J’ai tout lu très lentement, pour ne rien perdre de cette langue si particulière & si particulièrement évocatrice, un mélange de dialecte & de lyrisme qui transfigure les événements racontés. Les choses sur lesquelles Guthrie s’attarde sont tristes, de la misère crasse à une époque dure, mais on sent, dans la façon qu’il a de raconter, que la vie en vaut toujours la peine, qu’il reste toujours de nouveaux gens à rencontrer, de nouveaux airs à apprendre, de nouvelles chansons à écrire. J’ai été surprise de voir à quel point un livre parsemé d’autant de désastres réussit à être aussi réconfortant.

His voice was sandy and broken up in little pieces. Lots of things went through your mind when he talked — wheat stems and empty cotton stalks, burnt corn, and eroded farm land. The sound was as quiet as a change of weather, and yet, it was as as strong as needed.

Il y a quelque chose là-dedans, non? Quelque chose de beau & de fort.

Donc : un grand coup de cœur. Que je suis très heureuse d’avoir dans ma bibliothèque, parce que je suis certaine que j’aurai envie de le relire, & plus qu’une fois.

Fun Home : A Family Tragicomic (Alison Bechdel)

Dans cette bédé autobiographique, la narratrice grandit dans une vieille maison néo-gothique que son père s’acharne à faire revivre, mais revivre telle qu’elle l’était à l’époque de sa construction, tentures de velours et papier peint inclus. & tout dans leur vie familiale semble un peu à l’image de la maison – froid, guindé. Artificiel. Des couches de vieille poussière cachées sous les lattes du plancher. & si en plus on sait qu’une partie de la maison abrite une entreprise de pompes funèbres (le Fun du titre venant de Funeral), ça donne la mesure de tout ce qu’il y a de pas très réjouissant dans le foyer familial.

(Faut dire que j’ai pas mal cherché (en vain) le comic du tragicomic annoncé par le titre. Mais c’est un détail.)

L’histoire est donc celle d’une petite fille qui vieillit & se découvre dans un environnement fait de distance & de secrets bien gardés, où domine la figure d’un père irascible, demandant, parfois étrangement lyrique, mais toujours à peu près antipathique. Ses rapports avec la mère sont tendus, son attitude envers ses enfants est pas exactement affectueuse, mais la narratrice lui voue quand même un amour dont les ambiguïtés resurgiront le jour où, étudiante à l’université, elle apprendra sa mort & quelques-uns de ses mystères. C’est cet événement, le décès du père, qui propulse le récit, nous entraînant dans les réminiscences de l’auteur, qui réfléchit sur l’enfance & la famille, mais aussi sur les étapes parfois difficiles de son coming-out.

Le récit que Bechdel livre est tissé de références littéraires, ce que j’ai tout d’abord trouvé intéressant, puis un peu lassant. Intéressant parce qu’elle réussit à communiquer à quel point c’est un réflexe pour elle que d’essayer d’expliquer, de comprendre sa vie à travers le filtre de la fiction – mais un peu lassant parce que tsé, trop c’est trop. & tout mon rapport au livre se décline un peu comme ça, en fait : je reconnais qu’il y a beaucoup de bonnes choses dans le récit, que le dessin est bien exécuté, que les images disent ce qu’elles ont à dire, que les thèmes sont abordés de façon très compétente – mais j’ai trouvé le tout un peu redondant, & rien ne m’a vraiment touchée.

Ce qui m’a le plus bloquée, je pense, c’est à quel point on ressent difficilement l’amour filial, dans ce récit. Tout le monde est froid. Chacun s’isole dans son coin de cette grande maison un peu lugubre, chaque membre de la famille semble vivre dans une semi-autarcie faite de grandes poursuites artistiques – la mère & son théâtre, le père & ses livres, la narratrice & ses dessins, les deux frères & d’autres choses qu’on n’apprend pas, parce que les deux frères sont pas particulièrement importants dans l’histoire – mais quand le père meurt, on devrait ressentir la tristesse qui pèse sur la famille, le vide que ça laisse ? Alors que l’auteur ne fournit jamais assez de matériel pour qu’on puisse se laisser séduire par ce personnage compliqué & assez fondamentalement déplaisant ? Je sais pas. Puisque tout était froid, tout a fini par me laisser froide, j’imagine.