biographie

En rafale! (version années 20)

Kiki de Montparnasse (Catel & José-Louis Bocquet)

Cette bédé-brique est un tourbillon de visages, de fêtes, de toiles, de liaisons amoureuses, de musique & d’après-midi en terrasse.

C’est étourdissant.

C’est surtout l’histoire d’Alice Prin, arrivée à Paris à l’adolescence & devenue dans les années 20 l’une des modèles les plus en demande de Montparnasse, chouchoutée par les artistes de l’avant-garde parisienne. Kiki, comme on la surnomme très vite, est haute en couleur, bruyante, parfois vulgaire mais toujours vivante, délicieusement heureuse au cœur des foules & sur la scène des cabarets où elle chante, danse, & boit peut-être juste un petit peu trop. C’est son monde que l’on découvre à travers cette bédé, un monde vibrant, démesuré, où foisonnent les artistes & les excès.

J’ai bien aimé, même si je me suis parfois perdue dans la succession de noms & de visages qui parsèment la vie de Kiki. Je regrette aussi un peu que le lecteur ait si peu accès à la vie intérieure de la principale intéressée : j’ai souvent eu l’impression de voir défiler les événements sans trop comprendre pourquoi elle choisissait d’agir comme elle le faisait, ce qui la poussait à être comme elle était. C’est un peu drôle à dire mais, malgré toutes les pages passées en sa compagnie, ce n’est pas un personnage que je connais beaucoup mieux qu’avant le début de ma lecture.

Clouds of Witness (Dorthy L. Sayers)

Deuxième volet des aventures de Lord Peter Wimsey, dont j’avais tellement tellement tellement aimé le premier tome. & forcément, mes attentes étaient si hautes que ça pouvait presque pas faire autrement, petite déception ici.

Dans ce roman-ci, c’est la famille même de Wimsey qui est au cœur de l’intrigue : le fiancé douteux de sa sœur est retrouvé mort aux portes d’une maison louée pour l’été, le frère aîné Wimsey est accusé de meurtre, & commence une longue enquête où PLÉTHORE de témoins se succèderont pour faire la vie dure à Wimsey le pseudo-détective, Bunter son valet, & Parker le vrai-de-vrai-détective de Scotland Yard.

& ça fait du bien de retrouver ces trois personnages, & les échanges toujours aussi délicieux qui caractérisent leur relation, mais cette intrigue traîne. Je trouve pas d’autre mot. Elle est aussi parsemée de coïncidences plus que légèrement tirées par les cheveux (…une lettre que tout le monde cherche réapparaît comme par magie entre les carreaux d’une fenêtre?) & se termine par un épisode de simili-suspense judiciaire qui m’a assez profondément ennuyée. L’ensemble demeure assez charmant – mais come on, Dorothy. Je sais que t’es capable de mieux.

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Flora Tristan : Vie, oeuvre mêlées (Dominique Desanti)

J’ai entendu parler de Flora Tristan pour la toute première fois dans un roman de Mario Vargas Llosa. (C’est aussi grâce à un livre à lui que j’ai appris l’existence de Trujillo. Merci de patcher les trous dans mon éducation, Mario.) J’avais surtout retenu que c’était la grand-mère de Gauguin, le peintre, & qu’elle avait vécu dans la première moitié du XIXe siècle. & aussi qu’elle était une féministe et une organisatrice syndicale avant l’heure, acharnée et pas particulièrement sympathique. (Mais même à ce moment-là j’avais déjà compris que Mario prend parfois quelques libertés avec les personnages historiques, alors je lui donnais le bénéfice du doute. À Flora, pas à Mario.)

Mais c’est toujours un personnage qui m’est resté dans la tête. Elle y a trotté plusieurs années. & finalement cet été je suis tombée sur ce livre rose (il est vraiment très rose) dans une librairie d’occasion, & je l’ai acheté, & je l’ai lu, & ça n’a pas été transcendant mais ç’a été quelque chose, quand même. Je ne suis pas très attirée par les biographies, faut dire. Mais ici c’était Vie, œuvre mêlées &, en le voyant, je me suis dit que ça valait la peine d’essayer.

Donc! Flora Tristan est née au tout début du XIXe siècle, fille d’une Française & d’un aristocrate péruvien qui a jamais pris la peine d’épouser sa douce moitié ailleurs qu’à l’église (…alors que la France reconnaissait seulement le mariage civil), faisant de sa fille une enfant illégitime & de sa compagne une femme perdue qui, surtout après la mort précoce & subite du Péruvien, auront toute la misère du monde à joindre les deux bouts. La pauvreté & l’illégitimité pousseront Flora dans un mariage douteux dont elle finira par s’enfuir ; elle voyagera beaucoup, & son mari essaiera de l’assassiner, & elle se fera ethno-anthropologue au Pérou, puis chroniqueuse de maux sociaux en Angleterre, puis finalement grande défenseure des ouvriers en France, porteuse assez intransigeante d’un modèle précoce de syndicalisme alliant droits du prolétariat à libération de la femme. Elle se tuera littéralement à la tâche, dans une tournée nationale entreprise pour mettre sur pied des « comités ouvriers » dans tout le pays, & mourra à quarante & un ans.

& après avoir lu ce livre, je comprend pourquoi l’auteur a voulu allier alterner entre la biographie et les écrits de Flora elle-même. La structure s’imposait, parce que l’œuvre de Flora est intimement, profondément reliée à sa vie : si elle a défendu les droits des femmes, c’est qu’elle a vu sa mère bafouée à la mort de son père, c’est qu’elle a quitté son mari illégalement, parce que le divorce n’était pas permis ; si elle a voulu aider les ouvriers, de sa façon énergique mais intraitable, c’est parce qu’elle en a été une, avant de s’éduquer elle-même, d’apprendre l’orthographe à vingt-cinq ans & de se mettre à écrire. Il y a quelque chose de remarquable là-dedans, malgré les incohérences & les contradictions, le racisme qui perce parfois, ce ton condescendant avec les ouvriers, sa façon de n’accepter les conseils de personne. C’est un personnage qui d’un côté apparaît véritablement comme le produit de son époque, avec des milliards de préjugés qu’on ne remettra pas en cause avant longemps – mais de l’autre, comme une personne réellement avant-gardiste, progressiste & profondément attachée à la cause sociale, profondément touchée par la misère qu’elle tente de combattre.

Alors il y a tout ça – mais faut dire que je me suis un peu ennuyée. Pas trop, juste un peu. L’auteure qui se charge du côté biographique a un ton parfois… exalté qui a quelque chose d’involontairement comique, mais le livre date de 1973 & je peux comprendre, la grande époque du féminisme, la révolution sexuelle, tout ça. & les écrits de Flora, même si sa vie à elle est passionnante, sont surtout intéressants en tant que documents historiques, portraits d’une époque – on tombe parfois dans la littérature à sensation (je pense aux descriptions interminables & incroyablement détaillées de la misère londonienne – mais je peux comprendre que ça devait être nécessaire de dire ces choses-là, à l’époque), ou carrément dans le traité syndical. & ça se lit bien! Mais ça lasse un peu aussi.

Donc un bilan semi-mitigé – je suis contente d’avoir lu ce livre, mais je n’aurai très possiblement jamais le goût de le relire. (& je ne le garderai probablement pas dans ma bibliothèque.)