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Fun Home : A Family Tragicomic (Alison Bechdel)

Dans cette bédé autobiographique, la narratrice grandit dans une vieille maison néo-gothique que son père s’acharne à faire revivre, mais revivre telle qu’elle l’était à l’époque de sa construction, tentures de velours et papier peint inclus. & tout dans leur vie familiale semble un peu à l’image de la maison – froid, guindé. Artificiel. Des couches de vieille poussière cachées sous les lattes du plancher. & si en plus on sait qu’une partie de la maison abrite une entreprise de pompes funèbres (le Fun du titre venant de Funeral), ça donne la mesure de tout ce qu’il y a de pas très réjouissant dans le foyer familial.

(Faut dire que j’ai pas mal cherché (en vain) le comic du tragicomic annoncé par le titre. Mais c’est un détail.)

L’histoire est donc celle d’une petite fille qui vieillit & se découvre dans un environnement fait de distance & de secrets bien gardés, où domine la figure d’un père irascible, demandant, parfois étrangement lyrique, mais toujours à peu près antipathique. Ses rapports avec la mère sont tendus, son attitude envers ses enfants est pas exactement affectueuse, mais la narratrice lui voue quand même un amour dont les ambiguïtés resurgiront le jour où, étudiante à l’université, elle apprendra sa mort & quelques-uns de ses mystères. C’est cet événement, le décès du père, qui propulse le récit, nous entraînant dans les réminiscences de l’auteur, qui réfléchit sur l’enfance & la famille, mais aussi sur les étapes parfois difficiles de son coming-out.

Le récit que Bechdel livre est tissé de références littéraires, ce que j’ai tout d’abord trouvé intéressant, puis un peu lassant. Intéressant parce qu’elle réussit à communiquer à quel point c’est un réflexe pour elle que d’essayer d’expliquer, de comprendre sa vie à travers le filtre de la fiction – mais un peu lassant parce que tsé, trop c’est trop. & tout mon rapport au livre se décline un peu comme ça, en fait : je reconnais qu’il y a beaucoup de bonnes choses dans le récit, que le dessin est bien exécuté, que les images disent ce qu’elles ont à dire, que les thèmes sont abordés de façon très compétente – mais j’ai trouvé le tout un peu redondant, & rien ne m’a vraiment touchée.

Ce qui m’a le plus bloquée, je pense, c’est à quel point on ressent difficilement l’amour filial, dans ce récit. Tout le monde est froid. Chacun s’isole dans son coin de cette grande maison un peu lugubre, chaque membre de la famille semble vivre dans une semi-autarcie faite de grandes poursuites artistiques – la mère & son théâtre, le père & ses livres, la narratrice & ses dessins, les deux frères & d’autres choses qu’on n’apprend pas, parce que les deux frères sont pas particulièrement importants dans l’histoire – mais quand le père meurt, on devrait ressentir la tristesse qui pèse sur la famille, le vide que ça laisse ? Alors que l’auteur ne fournit jamais assez de matériel pour qu’on puisse se laisser séduire par ce personnage compliqué & assez fondamentalement déplaisant ? Je sais pas. Puisque tout était froid, tout a fini par me laisser froide, j’imagine.

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